Entretien du 25 janvier 2013 : « Abus de pouvoir : arrestation d’une fillette de 5 ans par la police » (suite)

Suite à l’arrestation de la fillette, trouvez vous normal qu’il n’y ait eu aucune sanction, ni aucun blâme de pris à l’égard du maire de la commune d’Ustaritz.

Question d’un lecteur :

Suite à l’arrestation de la fillette de 5 ans par la police, trouvez vous normal qu’il n’y ait eu aucune sanction, ni aucun blâme de pris à l’égard du maire de la commune d’Ustaritz. Il est pourtant plus qu’évident qu’il a fait preuve d’un abus de pouvoir. Il s’est contenté de justifier l’arrestation de cet enfant, en invoquant le non paiement d’une dette de 170 euros, malgré de nombreuses relances…

– Réponse de Philippe Morando :

En effet, ce que vous dites est très juste. L’arrestation de cette fillette a été désapprouvée par les autorités politiques mais à aucun moment, l’abus de pouvoir n’a été clairement dénoncé. Nous avons entendu différentes interventions, du genre : « c’est un incident » ; « c’est une erreur » ; « c’est dommage pour cet enfant »… En résumé, c’est la faute à pas de chance.

Ce fait divers met en lumière une attitude fréquente de la part des responsables, une attitude pernicieuse, qui consiste à passer régulièrement sous silence de nombreux abus de pouvoir. Une omerta plane chaque fois qu’un responsable administratif du public ou du privé abuse de son pouvoir. Les gens n’osent pas se plaindre, soit par peur de perdre leur place, soit par peur d’être rejetés ou maltraités par une partie de la collectivité. Dans certaines entreprises, certains responsables, forts de leurs appuis, se sentant soutenus par leur clan, se permettent d’avoir des comportements fondamentalement injustes, qui lèsent des citoyens innocents et respectueux des autres. Cette omerta, cette règle du silence face aux abus de pouvoir, face aux privilèges de clan et au copinage, en temps de paix, est significative. Elle en dit long et permet de mieux comprendre la puissante omerta qui peut exister en période de guerre et les ravages qu’elle peut entrainer. L’histoire est malheureusement remplie d’événements cruels et injustes, comme les rafles et les génocides, qui sont perpétrés dans l’indifférence générale et sans la moindre réaction face aux abus de pouvoir.

Selon l’adage « qui  vole un œuf vole un bœuf », en ne réagissant pas face à de petits abus de pouvoir, nous prenons peu à peu l’habitude d’accepter l’inacceptable. Ainsi, progressivement, nous permettons à ceux qui abusent de leur pouvoir, de prendre une telle confiance en leur invulnérabilité, que leurs abus s’accentuent et finissent par devenir monstrueux dans certains cas. Par notre silence et par notre acceptation, nous leur signons un accord tacite. D’abus de pouvoir en abus de pouvoir, de silence en silence, d’acceptation en acceptation, nous glissons inéluctablement vers des actes de plus en plus odieux et inhumains. La barbarie s’installe. L’histoire le prouve régulièrement. Après une période de calme apparent, les prémisses des conflits et de la guerre sous toutes ses formes se manifestent.

Ce processus cyclique d’alternance entre paix et guerre s’observe, quand on étudie l’histoire. Ce même processus est actif dans le développement des civilisations. Elles naissent, se développent et finissent par mourir. Comme pour toute entité vivante, une phase de régression et de destruction succède à un développement prometteur. Au niveau individuel comme au niveau collectif, un mouvement rythmique entraine inconsciemment toute entité dans ce processus. Plus le niveau de conscience de l’entité s’élève et plus elle échappe à la phase destructrice de ce processus. Notre aveuglement et notre manque de conscience nous entrainent à des comportements laxistes. Nous nous laissons aller à accepter l’inacceptable, à ne pas réagir, à faire l’autruche et à nous reposer sur nos lauriers,  très égoïstement. Cette paresse nous est fatale.

Le développement du niveau de conscience de chaque citoyen est donc capital, si l’on cherche à construire un monde meilleur, où les risques de dérives, de régression, de fanatisme, d’excès et de conflits soient réduits au minimum. Il serait souhaitable que nos dirigeants prennent conscience de la cause profonde de la violence et des conflits et que l’Etat puisse aider chaque citoyen, à cultiver une conscience plus élevée. L’instauration d’une formation à la conscience d’une heure par semaine, de l’école primaire à l’université, me parait indispensable, si nous voulons accéder à une vraie démocratie, plus juste, plus équitable, plus respectueuse. Cette formation à la conscience, à l’ouverture d’esprit est développée dans mes ouvrages : « Le chemin de la libération »,  « La liberté retrouvée », « Pour un monde où il fera bon vivre », « Cours de formation à la conscience active » et « Cours d’ATP ».