Entretien du 14 janvier 2013 : « Abus de pouvoir : arrestation d’une fillette de 5 ans par la police »

Abus de pouvoir : une fillette de 5 ans expulsée de la cantine scolaire et arrêtée par la police, pour un impayé de 170 euros.

– Question d’un lecteur :

Que pensez vous de cette action expéditive et inhumaine, qui s’est produite il y a quelques jours : une fillette de 5 ans expulsée de la cantine scolaire et arrêtée par la police, pour un impayé de 170 euros ?

– Réponse de Philippe Morando :

Comme le Ministre de l’Education Nationale, Vincent Peillon, je considère que c’est un acte de violence scandaleux et indigne. Une policière a reçu l’ordre de la mairie d’expulser l’enfant de la cantine et de la conduire chez sa mère. La mère étant absente, la policière a emmené l’enfant au commissariat. Finalement, la policière a ramené l’enfant à l’école dans l’après-midi. La petite fille a été traumatisée par cette arrestation, tout comme les autres enfants de sa classe.

L’association FCPE-64 a jugé totalement injustifiable cette intervention policière. En effet, il existe des méthodes de recouvrement pour les impayés et les mairies ont le pouvoir, par le biais de la trésorerie générale, de faire payer les parents, en proposant des arrangements. Si cela ne suffit pas, les services de recouvrement peuvent faire des saisies sur salaire. Quoi qu’il en soit, déclencher une intervention policière traumatisante pour une malheureuse petite somme de 170 euros, alors que beaucoup de mairies gaspillent bien souvent des sommes colossales pour des projets pas toujours adaptés aux besoins des administrés, est particulièrement scandaleux.

Avoir recours à la police, pour obtenir le paiement d’une dette, constitue un abus de pouvoir. Pourquoi une municipalité ou l’Etat lui-même peut-il se permettre de faire appel à la police pour récupérer une dette, alors qu’un simple commerçant se doit de suivre une procédure judiciaire, pouvant aboutir à un jugement auprès du tribunal ? En cas de confirmation de la dette, un huissier est alors chargé de récupérer les sommes dues. Imaginez que des policiers arrivent chez vous pour vous arrêter, sous prétexte que vous êtes en retard dans vos paiements de factures d’électricité ou de téléphone…vous seriez les premiers scandalisés ou traumatisés, même en tant qu’adultes ! Donc, imaginez l’effet dévastateur psychologiquement sur un enfant de 5 ans ! Malheureusement, ce genre d’abus de pouvoir a tendance à se produire de plus en plus souvent. La compétition économique, la mondialisation, entrainent de plus en plus d’êtres humains à avoir des attitudes agressives, égoïstes, dominatrices. Le copinage, les passe-droits, les abus de pouvoir deviennent un sport collectif.

Le manque de véritable éducation fait que certaines attitudes prédatrices sont considérées par certains comme légitimes et normales. Cela entraine bien-sûr une multiplication des conflits à l’intérieur de la société, aussi bien dans l’entreprise que dans la vie privée. Ces nombreux conflits favorisent le développement de la violence. Une violence qui se manifeste aussi, de plus en plus, chez de jeunes enfants. Certains en arrivent même à utiliser des armes et vont jusqu’au meurtre.

Le but de l’association que j’ai créée, l’ADRC, est justement de dénoncer toutes les injustices et de mettre les gouvernants et les responsables politiques devant leurs responsabilités, afin que les dysfonctionnements (violence, injustice, passe-droits, abus de pouvoir…), puissent être réparés pour le mieux être de chacun.

Des clés sont données dans mon livre « Pour un monde où il fera bon vivre ». Nous sommes choqués devant ce déferlement de violence et, malgré tout, quelque peu blasés. Nous nous sentons impuissants, car toutes les mesures prises par nos gouvernants, qu’ils soient de gauche ou de droite, sont inefficaces. Nos politiciens, trop préoccupés à être élus, s’attachent à satisfaire les citoyens, sous la pression de la rue. Au final, cette pression de la rue les empêche de planifier, d’avoir une vision élargie des problèmes et de prendre des décisions réellement efficaces. Nos gouvernants en sont réduits à faire de la politique à la petite semaine.